Despina Provata

Construction identitaire et enseignement du français en Grèce au XIXe siècle

Περίληψη

L’objectif de la présente communication est d’examiner la relation langue, culture et identité qui détermine la diffusion de la langue française en Grèce tout au long XIXe siècle. Au lendemain de la Révolution française, la langue et la culture françaises exercent sur l’Europe une séduction exceptionnelle qui prend même les allures d’ « une force prosélytique ». La Grèce ne fit pas exception à la règle et accorda au français une place de choix : tout en demeurant la langue de la diplomatie, le français devient le biais par lequel les idées du siècle des Lumières sont « transvasées » -pour reprendre de mot de Coray- dans le pays, réussit progressivement à évincer l’italien des échanges commerciaux et sert de langue intime aux élites intellectuelles. Cependant, la diffusion de la langue française –qui doit beaucoup aux Phanariotes et aux Grecs de la diaspora- ne se généralise que lorsque le français trouve sa place dans l’enseignement. Si le besoin d’apprendre le français est officiellement exprimé dès 1822, ce n’est qu’en 1833 qu’un décret relatif à l’organisation d’un enseignement primaire et secondaire à Nauplie, prévoit un cours de français pour le secondaire. La présence du français dans l’enseignement grec peut être mesurée à travers la politique éducative menée par le jeune état grec et l’attitude des autorités officielles. Mené sur deux fronts, établissements publics et privés, l’enseignement du français en Grèce se dote aussi de caractéristiques genrés car la connaissance de la langue est indissociable du rôle assigné aux jeunes filles. Par ailleurs, la langue française, signe d’appartenance religieuse et de protection des catholiques dans le Levant, conduit à la fondation d’écoles confessionnelles et engendre –inévitablement- des débats entre les autorités grecques et ces établissements. Les programmes scolaires témoignent de la suprématie accordée au français dans l’enseignement grec, notamment par rapport aux autres matières enseignées, tandis que le discours des manuels d’enseignement est également révélateur de l’attitude -parfois ambiguë- face au français. Les différents manuels (chrestomathies, grammaires, dictionnaires et guides de conversation) visaient, bien évidemment, à l’apprentissage de la langue mais, conformes aux buts éducatifs de l’époque, souscrivaient aux valeurs chrétiennes, morales et à l’amour de la partie. Cette généralisation de l’enseignement du français va par ailleurs donner naissance à un nouveau public de lecteurs qui, familiarisé avec la langue et nourri de littérature française, va permettre l’essor en Grèce d’une presse francophone. Il ne faudrait pas oublier, non plus, que ce même public forme les spectateurs avides de spectacles français qui accueillent durant le XIXe siècle les troupes françaises en tournée dans le pays. Ainsi à travers les orientations de l’enseignement du français on peut apercevoir les contours d’une certaine identité sociale et nationale. L’engouement de la société hellénique pour la langue française et pour la culture qu’elle véhicule est tel, que tout au long du XIXe siècle de nombreuses voix se sont élevées pour protester face au processus de francisation qui s’était emparé du pays.

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