Athanasios Blessios, Besoins alimentaires, festivité et communication dans la dramaturgie grecque du 20ème et du 21ème siècle

Athanasios Blessios, Besoins alimentaires, festivité et communication dans la dramaturgie grecque du 20ème et du 21ème siècle, Editions Universitaires Européennes 2016 (ISBN 978-3-639-50516-0).

 

Table des Matières

Εξώφυλλο

INTRODUCTION

Notre essai a pour objet de nous interroger sur  le rôle, le fonctionnement et le contenu du repas ainsi que sur les thèmes de la convivialité et de la  festivité dans la dramaturgie néohellénique des deux siècles précédents. L’analyse dramaturgique que nous appliquons ici utilise des éléments des diverses approches scientifiques telles que sociocritique, psychanalytique, philosophique, historique, symbolique, anthropologique ou encore  linguistique. La signification des deux termes, repas et convivialité, est très importante dans la société grecque. La structure traditionnelle de la société tout au long des siècles et l’aspect communautaire de la vie ont permis l’expression et l’évolution de la collectivité dans tous les domaines. Parmi ces derniers ont été privilégiés le repas et la convivialité pendant des réunions et des fêtes que celles-ci soient privées ou publiques. La littérature et la dramaturgie ont tout naturellement utilisé et apporté un enrichissement à ces données de la vie sociale.

D’autres thèmes gravitent autour du nôtre, tels que la faim, la nourriture et la façon d’accueillir avec boisson et amuse-gueule. La nourriture jouit parfois d’un statut autonome qui alimente l’intrigue de quelques pièces indépendamment de la notion du repas. Celui de la faim s’est beaucoup répandu dès la Renaissance dans la dramaturgie. Il renvoie à  la Nouvelle Comédie de l’antiquité. Dans les comédies crétoises du 16ème et 17ème siècle (p. e. Katzourbos [Kατζούρμπος] de Georgios [Georges] Chortatsis)  apparaît le type du serviteur toujours affamé et glouton et qui fait tout pour rassasier sa faim[1]. Ce type perdure jusqu’au 19ème siècle. Les serviteurs revêtent un aspect de plus en plus pitoyable, comme Mouzanas dans la comédie de Dimitri(os) Byzantios Sinanis (Ο Σινάνης) (1838). A  cette typologie de la faim, il conviendrait d’ajouter parfois le type de l’avare. La faim est aussi typique dans les représentations du théâtre grec d’ombres en ce qui concerne surtout son héros principal Karagiozis et est aussi utilisée dans les pièces du 20ème siècle inspirées par le théâtre grec d’ombres et par Karagiozis. La faim a comme fonctionnalité stable de ridiculiser les personnages ou de servir au comique de situation jusqu’à la fin du 19ème siècle. Dans les pièces du 20ème siècle la faim se trouve souvent utilisée dans un cadre plus réaliste, voire naturaliste (p. e. la faim des enfants); dans ce cas elle perd son aspect essentiellement comique puisqu’elle est le résultat du manque de moyens de survie pour des personnes ou des familles. D’ailleurs, il arrive que la faim puisse être reliée directement à l’utilisation de l’argent et à la pauvreté, souvent dans un climat mélodramatique des pièces (p. e. [Pour] L’argent ([Διά] Τό χρῆμα) d’Ioannis [Jean] Délikatérinis, 1910).

Quant à la façon de traiter la boisson (p. e. le vin) et les amuse-gueule, elle est aussi caractéristique et typique de la vie grecque, surtout dans le cadre de la réunion des hommes dans un café traditionnel ou dans une taverne. Ce thème a été aussi utilisé dans la dramaturgie. On peut citer l’exemple de la pièce de Pantélis Chorn Fintanaki (Le petit bourgeon) (Το φιντανάκι) (1921). On trouve un exemple de la sorte aussi dans un entourage bourgeois (familial), comme cela se passe dans la pièce en un acte Vengera (La soirée) (Η βεγγέρα) d’Ιlias Kapétanakis (1894), où on sert du café accompagné d’un gâteau.

Le repas, la convivialité et la festivité sont présents de façon quasi permanente dans la dramaturgie néohellénique des deux siècles précédents. Dans les pièces qui nous concernent ils tiennent une place plus ou moins importante dans l’évolution de l’intrigue. Le repas occupe soit une place centrale, comme cela se passe dans une partie considérable de cas, soit une place plus secondaire dans l’évolution de l’intrigue. Il arrive parfois que cette importance se manifeste jusque dans les titres des œuvres. Dans ce cas-là ces trois thèmes se trouvent au cœur de l’intrigue et ils peuvent même être dominants, comme par exemple dans la pièce en un acte de Kapétanakis Le repas de Papis (Το γεύμα του Παπή) (1901). Le repas, la convivialité et la festivité fonctionnent dans la dramaturgie tout d’abord en ce qui concerne la formation nationale et l’expression de la vie populaire (p. e. Babylonie [H Βαβυλωνία] de Byzantios, 1836, 1840), ensuite ils expriment la vie bourgeoise et la vie moderne.

La notion du repas dans la dramaturgie de la deuxième moitié du 20ème siècle prédomine à celle de la convivialité et de la fête, puisque la réunion des hommes autour d’une table ne crée pas, la plupart du temps,  un climat de fête et d’esprit collectif véritable conduisant à la jouissance du repas. Il pourrait se diviser en repas mythique, en repas sur la base et dans un contexte historique, en repas fantastique, en repas dans un cadre réaliste, en repas métaphorique et en repas solitaire. Souvent, dans la dramaturgie, on assiste à  une combinaison de ces diverses composantes.

La structure du livre s’appuie sur l’analyse de ces notions principales dans trois chapitres. Les pièces grecques sont mises dans un ordre relativement chronologique et les unités thématiques concrètes auxquelles elles appartiennent y sont respectées. Cet ordre est moins respecté dans le dernier chapitre compte-tenu de la succession de ces unités thématiques.

 

[1] Concernant Katzourbos, voir Christina(e) B. Dedoussi, « Katzourbos et la comédie latine. Contribution à l’explication de la comédie crétoise », Annuaire Scientifique de la Faculté des Lettres (Épistimoniki Épétiris Filosofikis Scholis), Université d’Aristote de Thessalonique, Vol. 10, Thessalonique 1968, p. 255-256. Concernant la Commedia dell’arte, voir Athéna-Hélène Stourna, La cuisine à la scène. Boire et manger au théâtre du XXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Presses Universitaires François-Rabelais de Tours, 2011, p. 27.